Une longue aventure...

Le Moonta-Lydia,

Un navire à l'histoire unique

Le Lydia ou « Paquebot des sables » est un paquebot mixte construit en 1931 au Danemark et initialement baptisé Moonta. Après avoir navigué dans les mers australes sous pavillon australien jusqu’en 1955 puis en Méditerranée sous pavillon grec, il fut désarmé en 1966. Il est aujourd’hui échoué sur la plage du Barcarès, dont il est le symbole. Il est actuellement le quatrième plus vieux paquebot existant au monde (le plus vieux) (le 2e) (le 3e) (le 5e) (le 6e) (le 7e) (le 8e) (le 9e) (le 10e).

Les années de navigation

Le Lydia a été construit par les chantiers navals Burmeister & Wain au Danemark pour la compagnie Adelaide Steamship Co Ltd. qui l’a exploité sur les lignes du sud et de l’est de l’Australie. C’est un petit paquebot-mixte de 90 mètres de long sur 13 mètres de large, jaugeant 2600 tonnes et mût par un moteur diesel accouplé à une hélice lui procurant une vitesse de croisière de 13 nœuds en service courant.

Son nom original provient de la ville de Moonta en Australie-Méridionale.

La premier armateur du Moonta, l’Adélaïde steamship Co ltd  désirait acquérir un paquebot à moteur diesel pour l’exploiter sur les lignes du sud et de l’est de l’Australie. Son parcours autour du Golfe de Spencer, baptisé « Gulf Trip », le rendra extrêmement populaire. Le prix attractif du « Gulf Trip » (6 livres australiennes en 1931) en fera l’un des voyages de noces favoris des jeunes mariés et des familles dans cette partie du monde. Une sorte de Love Boat avant l’heure.

De 1931 à 1955, il suivra donc le même parcours touchant successivement les ports de Port-Lincoln, Port-Germain, Port-Pirie, Port-Augusta et Port-Hugues et Port-Adélaïde. (Les autres navires du Gulf Trip : le Morialta, le Minnipa, le Rupara et le Paringa)

En 1955, il est acheté par la compagnie grecque Hellenic Mediterranean Lines qui le rebaptise Lydia, du nom grec de Lydie (en grec Λυδία), une ancienne province grecque d’Asie Mineure. Il est réaménagé au Pirée tandis que sa capacité passe de 140 à 280 passagers. Tout d’abords affecté à la ligne Venise/Brindisi, il va rapidement changer de destination pour une circumnavigation à travers la Méditerrannée. Il est donc réaffecté à la  ligne Marseille/Beyrouth, via les ports de Gênes, Naples, Le Pirée, Alexandrie et Limassol. Il est désarmé en 1966.

Le « Paquebot des sables »

Après avoir été désarmé, le navire est racheté juste avant Noël 1966 par la SEMETA, société mixte chargée de l’aménagement de la toute nouvelle station balnéaire à naître de Port-Barcarès dans les Pyrénées Orientales (France) et ce dans le cadre de la mission d’aménagement du littoral du Languedoc Roussillon aussi appelée Mission Racine. À l’initiative de son président, le sénateur Gaston Pams, l’objectif est d’en faire le symbole de cette opération d’aménagement et de marquer la volonté forte de l’ État français de valoriser cet immense lido désertique coincé entre la Méditerranée et l’étang de Salses.

Après des transformations à la société provençale des Ateliers Terrin à Marseille, il est convoyé en juin 1967 vers son port d’attache définitif pour y être échoué volontairement.

Un chenal de 600 m et une souille (port artificiel) sont creusés pour l’amener jusqu’à son emplacement actuel et le déposer sur la plage, près de trois mètres au-dessus du niveau de la mer.

Après de coûteux travaux d’aménagement, le Lydia est luxueusement transformé en centre de loisirs comprenant trois bars, un snack, une discothèque,  un restaurant, des douches et une piscine. Un hôtel et un casino sont prévus. Le succès est immédiat et des centaines de milliers de visiteurs se pressent pour voir ce navire « qui tient si bien la terre ». Les artistes des yé-yé en font une escale incontournable : se succèdent Johnny Hallyday (concert en 1969), Sylvie Vartan, Michel Polnareff, Claude François et bien d’autres…

Le casino de luxe

Malgrés son incroyable succés populaire, le navire est vendu en 1973 à Kuniko Tsutsumi, femme d’affaires japonaise, qui le transforme en discothèque et casino de luxe. Les « yé-yé » vont faire place aux VIP parisiennes. De nombreux travaux sont entrepris et la nouvelle décoration est l’œuvre du décorateur Michel Ambrogi. Le Lydia baigne alors dans le luxe et le casino engrange les abondantes devises que la clientèle espagnole (l’ordre franquiste interdit les casinos en Espagne) vient perdre sur les tables de jeux. Le cuisinier français Georges Landriot est chargé des cuisines du navire jusqu’au milieu des années 1970. Il est aussi à ce moment-là le théâtre d’une des aventures des Pieds nickelé (1) (2) (3).

En 1978, à la suite de la mort de Franco et de la réouverture des casinos en Espagne, prise dans des tourments financiers, Kuniko Tsutsumi, la mort dans l’âme, revend le Lydia. L’âge d’or s’achève à l’orée des années 1980.

Les années d'abandon :

Dans les trente années qui vont suivre, le paquebot va lentement se dégrader sous la férule de trois groupes de casinotiers (1) (2) (3), qui vont délaisser son entretien.

Dans cette période, le paquebot va affronter de nombreuses tempêtes : il est plastiqué par des truands en 1983 et en 1997, le ministre de l’intérieur ferme le casino.

Le Lydia est racheté en février 2000 par le groupe Partouche qui y effectue des travaux de rénovation et y rouvre un restaurant et une discothèque, appelée Moonta (premier nom du bateau). En 2004, le casino est réouvert. Dans ces années, le paquebot des sables qui continue de faire rêver devient le personnage principal d’un roman éponyme, puis d’une bande dessinée (1) (2) (3) (4).

Néanmoins,face à l’absence de rentabilité, Le groupe Partouche, dernier groupe de casino à exploiter le Lydia jette l’éponge quelques années plus tard. En 2008, le casino est définitivement fermé.

Renaissance :

Racheté par la mairie du Barcarès en 2011 celle-ci y organise des expositions et y fait se dérouler des manifestations comme le traditionnel salon du polar et de l’aventure qui se tient en son sein. Il sert aussi régulièrement de décors pour le cinéma (1).

À partir de 2014, d’importants travaux de restauration (1) (2) (3) (4) sont engagés pour que le paquebot retrouve sa silhouette originale avec la collaboration technique et historique de l’Association des Amis du Moonta-Lydia (AAML) qui veille à la protection de ce patrimoine unique en Europe. La visite du navire est réouverte et, désormais, les touristes et curieux peuvent se replonger dans les années folles en arpentant à nouveau ses ponts.

Soyez les bienvenus à bord du Paquebot des sables !