Japanese_battleship_Mikasa_in_Yokohama

Le patrimoine maritime en France et à l’étranger épisode 5- L’Asie- (Japon, Corée du sud, Taïwan)

Note: La liste de navires citée n’est pas exhaustive mais le fruit de recherches qui peuvent être incomplètes. N’hésitez pas à nous contacter si vous constatez des oublis. La liste ne recense que les navires d’une taille assez importante et ne comprend pas les sous-marins.

Quand on pense patrimoine maritime, on ne pense pas spontanément au continent asiatique et pourtant celui-ci est riche d’un patrimoine parfois insoupçonné. A tel point qu’un article seul ne pourrait le recenser et que nous nous contenterons pour cet épisode de deux pays : Le Japon et la Corée du sud.

1- Le Japon:

Le Japon, de part sa situation insulaire est extrèmement dépendant de la mer. Pourtant, ce pays restera fermé jusqu’à la fin du XIXème siècle, avant que l’ère Meiji ne le propulse dans la modernité, faisant de lui un concurrent sérieux aux puissances maritimes et coloniales occidentales. Le pays se dotera donc d’une flotte de guerre puissante avec la volonté de devenir LA puissance maritime asiatique et Pacifique. Cette volonté le poussant par ailleurs à entrer en confrontation directe avec les USA en décembre 1941, ce qui amènera à son quasi anéantissement. Malgré cela leur patrimoine maritime historique est riche, notamment en ce qui concerne les voiliers-école, grande tradition au Pays du Soleil Levant.

Commençons donc par le Kaiwo Maru

Le T.S. Kaiwo Maru a été construit en 1930 à Kōbe sur le chantier naval Kawasaki, en même temps que son sister-ship le Nippon Maru pour devenir navire-école de la marine marchande. La fin de ses travaux s’est effectuée, comme pour le Nippon Maru au chantier naval Ramage et Ferguson Ltd. à Édimbourg en Écosse. Durant les années 1930, il navigue essentiellement sur l’Océan Pacifique, faisant divers voyages aux États-Unis et Hawaï. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est transformé en navire de fret pour l’effort de guerre dans les eaux japonaises. Depuis 1943, il appartient à la Marine nationale japonaise . Après la guerre, il réalise le rapatriement de ressortissants japonais, civils comme militaires. En 1952, il est regréé en quatre-mâts barque, repeint en blanc et reprend son activité de navire-école dans le Pacifique. En presque soixante ans de carrière, le Kaiwo Maru a formé 11 425 marins et a parcouru 1 950 000 km, soit 49 fois le tour de la terre. En 1989, il est remplacé par le Kaiwo Maru II. Depuis 1990, le Kaiwo Maru (« roi de la mer ») a rejoint le Kaiwo Maru Park, situé au port de Toyama-Shinko.

…Et poursuivons avec son sister-ship, de la même génération, lui aussi navire musée, le Nippon Maru…

Le T.S. Nippon Maru a été construit en 1930 à Kōbe sur le chantier naval Kawasaki, en même temps que le Kaiwo Maru pour devenir navire-école de la marine marchande. La fin de ses travaux s’est effectuée, comme pour le Kaiwo Maru en Écosse. Pendant la Seconde Guerre mondiale il est transformé en navire de transport de carburant pour l’effort de guerre dans les eaux japonaises. Après la guerre, il réalise 29 trajets de rapatriement de 25 423 ressortissants japonais. En 1952, il est regréé en quatre-mâts barque, repeint en blanc et reprend son activité de navire-école jusqu’en 1984. En 1984, il aura navigué 1 830 000 km et aura formé 15 000 marins. Il a été remplacé par le Nippon Maru II. Depuis le 28 avril 1984, le Nippon Maru est en cale-sèche dans le port de Yokohama.  Le fait le plus caractéristique est qu’il est resté dans sa version originale. On peut encore voir la cabine du capitaine qui est l’attraction première du navire-musée. Les 29 voiles sont hissées 10 fois par an.

Nous poursuivrons évidemment avec les deux remplaçants des navires sus-cités, en commençant évidemment par le Kaiwo Maru II

Le T.S. Kaiwo Maru II a été construit en 1989 sur le chantier naval Sumitomo Heavy Industries, Ltd. au Japon. Il est le sister-ship du Nippon Maru II lancé en 1984. Ce quatre-mâts barque remplace le Kaiwo Maru, navire musée visible au Kaiwo Maru Park de Tokyo. Il est géré par l’Institut national de formation pour la navigation maritime (NIST) à Yokohama. C’est un grand navire de 110 mètre de long qui porte 2760 m2 de voiles. Sa capacité est de 199 personnes. À quatre reprises, en 1990, 1991, 1994 et 1995, le Nippon Maru II a remporté le Boston Teapot Trophy. C’est le prix qui récompense chaque année le voilier le plus rapide et qui couvre la plus grande distance sur une période de 124 heures (5 jours et 4 heures) entre le 1er janvier et le 31 décembre.

…Et en poursuivant avec son sister-ship le Nippon Maru II

 

 

Le T.S. Nippon Maru II a été construit en 1984 sur le chantier naval Sumitomo Heavy Industries, Ltd. au Japon.. Ce quatre-mâts barque remplace le Nippon Maru, devenu navire musée. Il est géré par l’Institut national de formation pour la navigation maritime à Yokohama..À trois reprises, en 1986, 1989 et 1993, le Nippon Maru II a remporté le Boston Teapot Trophy. C’est le prix qui récompense chaque année le voilier le plus rapide et qui couvre la plus grande distance sur une période de 124 heures (5 jours et 4 heures) entre le 1er janvier et le 31 décembre.

Plus inattendu dans ce pays et avec, reconnaissons-le, un nom pas très “local”, la réplique d’un galion, le San Juan Bautista:

Le San Juan Bautista, appelé à l’origine 伊達丸 (Date Maru), est l’un des premiers navires de haute mer japonais construits dans un style européen. Ila été conçu à l’image d’un galion espagnol. Ce type de bateau est appelé au Japon kurofune (黒船, littéralement « navire noir ») ou namban-sen (南蛮船, littéralement « navire de barbare du sud »). Construit à l’initiative du daimyō Masamune Date, il transporta une ambassade de 180 personnes, conduites par Tsunenaga Hasekura, et accompagnées par le religieux espagnol Luis Sotelo. Le but de l’expédition était, après la traversée du Pacifique effectuée en 1614, de visiter les possessions espagnoles au Mexique, puis de là de gagner l’Europe, qu’elle atteignit en 1615, avant de retourner au Japon.

Un nouveau San Juan Bautista a été reconstruit en 1993, sur la base des enregistrements du clan Date. Bien que les plans exacts n’aient pas été retrouvés, les dimensions du navire avaient été enregistrées proprement, permettant ainsi la reconstitution. Le navire est actuellement exposé dans un parc à thème au nord du Japon, près de l’endroit où il fut construit à l’origine.

Poursuivons avec la marine de guerre et la réplique du Kankō Maru qui était le premier navire de guerre à vapeur japonais….

Il s’agissait d’un trois-mâts barque hollandais de 65,80 m, équipé d’une machine à vapeur à charbon auxiliaire tournant une roue à aubes latérale. Cette reproduction fidèle de l’original a été construite aux chantiers navals de Verolme aux Pays-Bas en 1987, basée sur les plans originaux du Soembing, préservés au musée maritime national à Amsterdam. Il est basé à Nagasaki, navigue et embarque à l’occasion des touristes pour de petites traversées. Il est armé par 14 hommes d’équipage et peut transporter 300 passagers.

…Et puisqu’on est dans la marine militaire ne pas oublier bien sûr le fameux Mikasa, cuirassé amiral japonais lors de la non-moins fameuse bataille de Tsushima.

Le Mikasa est un cuirassé pré-Dreadnought de la marine impériale japonaise lancé le 8 novembre 1900. Il s’agit du dernier pré-Dreadnought encore existant aujourd’hui. Avec le croiseur russe Aurora, le Mikasa est un des deux derniers survivants de la bataille de Tsushima (27 mai 1905). Mis en service en 1902, il servit comme navire amiral de l’amiral Togo pendant les batailles de la mer Jaune et de Tsushima durant la guerre russo-japonaise.Désarmé en 1926 il est aujourd’hui utilisé comme navire musée de la Marine à Yokosuka

Dans les navires civils à moteur, citons le très incongru brise-glace Sōya amarré aujourd’hui au musée des sciences et de la mer à Tokyo

Connu comme le premier navire d’exploration antarctique, le “Soya” fut lancé en 1938 comme un cargo brise-glace à destination de l’URSS. En raison des circonstances (2eme guerre mondiale) le navire ne fut pas livré à ses commanditaires et servit sous le nom de « Chiryo-Maru » dans la Marine Impériale Japonaise. Après avoir miraculeusement survécu à la guerre, le Soya servit de navire de transport et de phare flottant. Puis, en 1956, il fut profondément remanié en brise-glace pour l’exploration antarctique. Il fit le voyage six fois et emmena les matériaux nécessaires à la construction de la base « Showa » pour la première expédition hivernale.Le Soya servit enfin de navire de patrouille au nord d’Hokkaido, où il usa au mieux de ses capacités brise-glace.Retiré du service en 1978, le « Soya » est actuellement préservé et exposé au Muséum de Science Maritime où il est ouvert au public.

Et pour terminer, le fameux Hikawa Maru, un paquebot trans-Pacifique, aujourd’hui troisième plus vieux paquebot du monde et magnifiquement entretenu (nous lui avions consacré un article entier ICI):

À sa sortie des chantiers navals de la Yokohama Dock Compagny en 1929, rien ne laissait présager la destinée extraordinaire du Hikawa Maru. Amarré dans le port de Yokohama, ce paquebot de luxe, reconverti en navire hôpital, en cargo, puis en musée, est aujourd’hui un symbole de la cité portuaire. Le Hikawa Maru, luxueux navire de la compagnie maritime Nippon Yusen Kabushiki Kaisha (NYK), est un géant des mers ; mesurant 163 mètres de long et pesant plus de 11000 tonnes qui doit son nom au sanctuaire Hikawa, un important sanctuaire shinto de Saitama. Mis en service sur la liaison régulière Yokohama -Vancouver – Seattle en mai 1930, ce paquebot ultramoderne et élégant, équipé de la toute dernière technologie de moteur diesel, est capable d’atteindre la vitesse maximale de 18,38 nœuds (34 km/h). Les prestations haut de gamme qu’il offre à sa riche clientèle lui valent le surnom de “Reine du Pacifique”. Mis à la retraite en 1960, il revient définitivement à Yokohama où il est utilisé comme auberge de jeunesse durant une dizaine d’années. Désigné “Bien culturel national important” par le Japon en 2016, il est désormais un fabuleux navire musée que l’on visite pour la modique somme de 300 yens.

Voilà c’est terminé pour le Japon mais son voisin, la Corée du Sud nous réserve quelques belles pépites :

2- La Corée du Sud :

La Corée du sud est une péninsule, ce qui la destine tout naturellement à une vocation maritime puisque extrêmement vulnérable par une attaque venant du large. Dés le XIVème siècle elle se crée une flotte de guerre pour la protéger des attaques incessantes des pirates japonais qui nuisent à son commerce. La Corée s’illustra notamment à la fin du XVIème siècle en inventant le premier «Cuirassé» à canon, le fameux «bateau tortue» impulsé par l’amiral Yi Sun Sin, ce qui lui permettra de défaire la flotte du Japon à la bataille de Sacheon en 1592. Pourtant dans les siècles qui suivront, la petite Corée sera victime des appétits croissants de ses deux voisins, le Japon et la Chine. Redevenu indépendante aprés le seconde guerre mondiale, elle a naturellement reproduit de nombreuses répliques de ses fameux navires tortue, symboles de sa grandeur:

Le navire tortue était armé de douze pièces d’artillerie de chaque côté du navire, servis par 45 canonniers, faisant feu par des sabords ouverts dans la cuirasse en bois et vingt-deux meurtrières permettaient la mise en œuvre de mousquets, fusées incendiaires et flèches à feu. Quant à sa figure de proue en forme de tête de dragon, elle aurait servi à la diffusion de gaz de combat en répandant fumées, gaz délétères et suffocants à partir de la combustion de soufre et de salpêtre. Elle était en outre renforcée d’un rostre permettant l’éperonnage. Ses flancs, protégés et blindés, étaient équipés de dispositifs anti-abordage et anti-éperonnage comme son pont recouvert de pointes de fer. En mai 1592, l’amiral Yi avec une flotte d’une cinquantaine de navires dont une demi-douzaine de Keobuk-Seon défait sévèrement la flotte japonaise lors de la bataille de Sacheon, coulant ou capturant les 13 navires japonais. 5 ans plus tard, en octobre 1597, l’amiral Yi avec seulement 12 navires tortues inflige une nouvelle défaite à la marine japonaise, détruisant 130 navires sur 330 sans perdre aucun de ses navires. L’amiral coréen infligera ainsi grâce à ses bateaux tortues, à une meilleure artillerie navale une dizaine de défaites navales aux Japonais.

Concernant la marine dite « moderne », la Corée du Sud a conservé deux destroyers américains de classe « Gearing », le Jeon Buk , dont les photos sont rares sur le net…

Le destroyer Jeon Buk de classe Garing fut construit au USA et intégré en 1945 dans la marine américaine sous le nom de Everett F. Larson . Après une carrière bien remplie au sein de l’US Navy, il est transféré en 1972 à la marine sud coréenne qui le rebaptise . Désarmé en décembre 1999, il est aujourd’hui navire musée à Gangneung

…Et le ROKS Jeon Ju

Entré en service en 1945, le destroyer de la classe « Gearing » USS Rogers a été transférée en Corée du Sud en tant que ROKS Jeon Ju le 25 juillet 1981. Il et est maintenant navire-musée au SapKyoHo National Sightseing Resort, situé à Dangjin-Gun, province de Chung Nam en Corée du Sud

…La Corée du sud conserve aussi la frégate Taedong, (ex-américaine USS Tacoma) qui sert aujourd’hui de musée mais aussi de navire d’entraînement. Les seules photos trouvées sur le net sont de l’époque américaine :

L’USS Tacoma est le premier navire de tête des frégates de patrouille de classe Tacoma. Il a été en service de 1943 à 1945 et de 1949 à 1951dans la marine américaine. A la fin du second conflit mondial il est prêté à la marine soviétique sous le nom de EK-11. Rendu à la marine US en 1949, il est transféré à la marine de la République de Corée comme ROKS Taedong (PF-63). Il est aujourd’hui navire musée et navire d’entraînement.

 

…Ainsi que deux frégates de construction locale de classe « Ulsan », la Ulsan proprement dite et la Séoul .

Le frégare "Ulsan"
La frégate "Séoul"

La classe Ulsan est une série de frégates lance-missiles conçue par la Corée du Sud pour équiper sa marine. Construites durant les années 1980 et 1990 principalement par Hyundai Heavy Industries et Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering. De taille respectable (103 mètres) elles sont capables d’atteindre la vitesse de 34 nœuds. Deux frégates de la série sont devenues des musées dans les villes dont elles portent le nom, quatre sont encore en service dans la marine coréenne et une en service dans le marine du Bangladesh.

Et pour terminer, plus sinistre, la corvette Cheonan, coulée par torpille par la marine nord-Coréenne, renflouée et transformé en mémorial :

L’incident de Baengnyeong désigne le naufrage le 26 mars 2010 d’une corvette de la Marine de la République de Corée, le Cheonan (PCC-772), dans une zone de la mer Jaune que se disputent la Corée du Nord et la Corée du Sud. Le navire transportait 104 marins, dont 46 sont morts. Selon les conclusions du 20 mai 2010 d’une enquête menée par une équipe d’experts américains et japonais, le navire aurait été torpillé par la Corée du Nord : « Il n’y a aucune autre explication possible ». La Corée du Nord dément catégoriquement ces conclusions. La Corée du Sud a demandé des excuses à la Corée du Nord, mais la déclaration de l’ONU au sujet de cet incident reste plus vague, parlant d’une « attaque » sans mentionner par qui. Les résultats d’une seconde enquête, commanditée par la Corée du Sud à la marine russe, n’ont été que partiellement rendus publics. La corvette Cheonan a été renflouée et elleest aujourd’hui transformée en mémorial.

 

3- Taïwan:

Dans le patrimoine Taïwanais, un seul navire un destroyer de la très réussie classe «Gearing» (encore !) dont des exemplaires sont conservés un peu partout dans le monde : Le ROCS Te Yang

Le ROCS Te Yang est un destroyer de classe « Gearing » lancé pour la marine américaine en 1945 sous le nom de USS Sarsfield. Après une carrière bien remplie au sein de l’US Navy et de nombreuse modernisations, il est transféré à la marine Taïwanaise en 1977 et rebaptisé Te Yang. Désarmé en avril 2005, après 60 ans de carrière, il est transformé en navire musée à Tainan city.

Voila pour la première partie du continent asiatique. Dans l’épisode suivant nous nous attaquerons au géant Chinois et à l’Asie du sud et ce n’est pas rien non plus !

A suivre…

Olivier Alba

L’épisode précédent ICI

L’épisode suivant LA

 
 
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